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Ulysse est revenu.

Après vingt ans d’absence, Pénélope se retrouve face à celui qu’elle a attendu, imaginé, désiré, parfois désespéré de revoir.

Mais peut-on réellement retrouver quelqu’un après vingt années ?

Le retour d’Ulysse ne suffit pas à effacer le temps. Pénélope a vieilli. Elle a vécu avec son absence, peuplé la maison de ses souvenirs, construit une image de lui et appris à aimer un homme qui n’était plus là.

Alors, lorsqu’il revient, une question demeure : est-ce encore Ulysse qu’elle retrouve ?

Ou bien l’homme qu’elle attendait n’existe-t-il plus que dans son imagination ?

The Return of Ulysses

mains pénélope

The Return of Ulysses is a text about absence, waiting, and grief. Is Penelope mad, or is Ulysses really standing on the doorstep?

Are you an actor, theatre company, pupil, student, teacher, or simply a reader? You are welcome to download this text freely to discover it, read it, and work with it in an educational or artistic context. And if you would like to stage the play or use part of it, please feel free to contact me.

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Petite analyse si vous croyez n'avoir rien compris

La pièce part d'une situation extrêmement simple : Ulysse revient après une très longue absence et retrouve Pénélope. Mais ce retour, qui devrait constituer l'aboutissement heureux du récit mythologique, devient immédiatement problématique. Dès les premières paroles, Pénélope constate que le temps a passé : son corps a changé, ses cheveux ont blanchi, ses mains ont vieilli. Mais surtout, elle-même n'est plus celle qu'Ulysse a quittée. Le retour ne permet donc pas de retrouver le passé : il confronte deux personnes qui ont vécu séparément pendant vingt ans. La métaphore du vase cassé revient comme une image fondamentale : ce qui a été brisé par le temps ne peut pas simplement être remis en place. Le retour d'Ulysse ne répare pas l'absence ; il la rend au contraire visible. La pièce pose ainsi une question très contemporaine derrière le mythe : peut-on réellement retrouver quelqu'un après l'avoir attendu si longtemps ?

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L'instabilité est un point important du texte. Le spectateur ne sait jamais complètement où se situe Pénélope : Ulysse est-il réellement présent ? Est-il un souvenir ? Une projection ? Un fantasme ? Un revenant ? Ou bien toutes ces possibilités peuvent-elles coexister ? Le texte entretient volontairement cette ambiguïté. Pénélope affirme tour à tour qu'elle reconnaît Ulysse, qu'elle ne l'attendait plus, qu'il est là, puis qu'elle semble avoir vécu pendant des années avec des « visions » et des « fantômes » de lui. Le personnage se déplace donc continuellement entre réalité et imaginaire. Cette construction permet de faire de la frontière avec la folie non pas un sujet psychologique explicatif, mais un espace dramaturgique. Ce qui compte n'est finalement pas de déterminer si Pénélope est « folle », mais de comprendre que vingt ans d'attente ont rendu la frontière entre l'homme réel et l'homme imaginé extrêmement fragile.

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Pénélope n'a pas seulement attendu Ulysse : elle a dû vivre avec l'absence d'un homme qui pouvait encore revenir. Son deuil est donc impossible à achever. Elle ne peut ni faire définitivement disparaître Ulysse, ni véritablement continuer sa vie comme s'il était mort. Le texte fait ainsi traverser au personnage plusieurs états contradictoires : l'espoir, le souvenir, le désir, la colère, le ressentiment, le fantasme des retrouvailles, puis la désillusion. Mais le retour ne clôt pas ce processus. Il le réouvre. C'est ce qui rend la situation tragique : Pénélope doit faire le deuil non seulement de l'homme absent, mais aussi de l'homme qu'elle avait construit dans son imagination et de la vie qu'elle imaginait retrouver avec lui. Le passage où elle envisage leur avenir comme celui de « deux vieillards » attendant la mort est particulièrement révélateur : elle découvre que ce qu'elle désirait pendant vingt ans, le retour, peut être devenu quelque chose qu'elle ne désire plus réellement.

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Pénélope parle constamment de son corps : ses cheveux, ses mains, sa peau, son désir, les corps d'autres hommes, le corps d'Ulysse. Cela donne au temps une dimension concrète. Il n'est pas simplement une durée abstraite : il s'inscrit dans la chair. La sexualité joue également un rôle important. Pénélope affirme son désir, évoque les autres hommes, compare les corps, se souvient des gestes amoureux d'Ulysse. Cette dimension est importante parce qu'elle refuse de réduire Pénélope à la femme fidèle et passive du mythe. Son corps a continué à vivre pendant l'absence d'Ulysse. Et c'est justement là que la pièce devient troublante : elle peut désirer Ulysse et lui reprocher son absence ; vouloir son corps et refuser la vie commune ; rêver de ses retrouvailles et souhaiter qu'il reparte. Le désir ne résout rien.

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La pièce déplace clairement le point de vue de l'Odyssée. Dans le récit traditionnel, Ulysse est celui qui voyage, affronte les dangers, rencontre des femmes et vit l'aventure. Pénélope est essentiellement celle qui reste et attend. Pénélope est celle qui reste et qui interroge la suspension du temps pendant que l'autre vivait. La liberté autoritaire d'Ulysse est centrale : ses aventures, ses amantes, mais aussi le droit qu'il aurait de revenir et de considérer que tout doit reprendre comme avant.

Il y a une phrase particulièrement importante : « Tu es parti et il fallait que rien n'ait changé pendant tout ce temps. » Elle renverse le rapport de force du mythe. Pourquoi l'absent aurait-il le droit de retrouver intact ce qu'il a quitté ? La fidélité de Pénélope n'est donc plus présentée comme une évidence héroïque. Elle devient une expérience complexe, parfois douloureuse, parfois contradictoire, et surtout un choix qui lui appartient.

Les différentes apparitions du retour constituent autant de scénarios intérieurs que Pénélope traverse : elle imagine ce qu'elle pourrait dire, ce qu'elle pourrait ressentir, ce qu'elle pourrait pardonner ou refuser.

Le texte devient alors moins une histoire linéaire qu'une succession de possibles.

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Pénélope a tellement attendu le retour d'Ulysse que ce retour est devenu une partie de son identité. Si Ulysse arrive, elle devra découvrir qui elle est sans cette attente. Le retour tant espéré deviendrait l'épreuve ultime : après avoir passé sa vie à attendre un homme absent, Pénélope devrait affronter la réalité d'un homme qui revient, mais aussi l'impossibilité de retrouver celle qu'elle était lorsqu'il est parti.

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