A venir :
Pénélope, le tissage du destin performance dansée sur la plage de Saint-Aubin-sur-Mer, dans le cadre des journées du Matrimoine, le dimanche 20 septembre à 15h00.
Attends, Pénélope... en duo avec Annie Lenoir à l'espace Michel Frérot de Thaon, 25-27 septembre 2026.
Les métamorphoses d'Ovide et d'Apulée, avec l'association Métamorphoses, Bretteville-sur-Odon, 2027.
Abysses, exposition collective avec le collectif Dire Autrement, La Bouée, Cherbourg, 2027.
Tempêtes
Pas tout à fait la pièce de Shakespeare dit mon double/metteur en scène dans ce rêve fait en 2025. Non, je ne veux pas me réveiller, je veux voir la pièce. C’était une mise en scène des Soeurs d’Oedipe - une pièce que vous n’avez peut-être pas encore vue et lue - mais il n’y avait que deux actrices sur scène au lieu des quatre de la pièce. Elle était sur une sorte de structure en bois, qui pouvait basculer d’un côté ou de l’autre, bâbord, tribord… Et dans de grandes robes blanches et bouillonnantes qui évoquaient l’écume et qui étaient jointes entre elle, si bien que les actrices ne pouvait pas s’éloigner plus l’une de l’autre, et s’enroulaient et se déroulaient dans ce drapé. Je voulais les écouter pour écrire leur texte, il était si bien, hélas, je ne m’en souviens plus. La nuit suivante, ce n’était plus des actrices mais des danseuses, et je lisais à la table, lentement, le texte, qui cette fois, était divisé en quatre saisons. Il y en avait bien quatre. Mais ce n’était toujours pas Les sœurs d’œdipe, c’était Tempêtes. Et pas Mer(e) ou Mers, bien qu’on y entendent aussi la mère-Terre… Et mon double dans le rêve se justifiait de ne pas avoir réécrit Shakespeare, ni Maeterlinck. Réécriture non, inspiration, sans doute, comme l’on respire l’air de la mer…
La nuit suivante, je dictais le texte suivant...
Printemps
Le soleil s’est levé sur nous, éblouissant depuis le crépuscule, perçant l’obscurité comme une étoile et rayonnant si haut qu’il ne pouvait que chuter. Et puis il a persévéré, encore et encore, comme s’il voulait toujours être au dessus de nous, étourdissant comme une valse, et faisant mille fois le tour de nos corps comme si c’était la première fois. Il se lassera peut-être un jour. En attendant, il s’applique à régner sur les autres étoiles, qui se gonflent et rougissent, le prenant en exemple, se cognent et bleuissent, vilainement parfois, jusqu’à devenir des trous noirs.
Il fait semblant d’être seul et unique, mais il est pourtant, un engrenage parmi les rouages d’une horloge. Tout craque et frémis, le temps peu à peu s’installe, et j’ai ouvert les yeux, et tu étais là, blotti tout contre moi, chaud et caressant, et tu m’enveloppais de zéphyrs, de mistrals et d’ouragans, cherchant à m’impressionner comme lors d’un premier rendez-vous. Et je répondais en claquement, en frémissement et en tourbillons.
Nous avons trébuché, et j’ai renversé mes jupons et tu t’es évanouie sur moi et ton souffle doux les a répandu tout autour de nous. Malgré le soleil, par moment au-dessus de nous, tout n’était pas si clair. Je t’ai aimé dès le premier instant, dans une boue de passion et de colère, tu soufflais le chaud et le froid, tu jouais avec moi, et déjà, je sentais un monde frémir en moi. Et la fièvre me prenais, j’avais chaud, je brûlais et bouillonnais, j’avais froid et mon corps se gelait comme une peau épaisse… était-ce déjà la passion ou bien la vie n’est qu’une maladie ?
Printemps. J'ai vu les navires d’Ulysse nous traverser, je l'ai vu se boucher les oreilles, pour ne pas entendre le chant des sirènes nos filles. Je l'ai vu traverser les mers, assoiffé d'aventures, et de nouvelles chairs, infidèle à la douce Pénélope qui me contemplait de ses fenêtres. J'ai vu les navires des Argonautes. J'ai vu Jason, conquérir la Toison d'Or, et abandonner la belle Médée, j'ai vu Guillaume et Mathilde, traverser la Manche, et les explorateurs, ramener les épices, les thés, les cafés, les chocolats, et répandre en échange les maladies et les invasions animales. J'ai vu les hommes exploiter d'autres hommes, comme s'il pouvait exister différences entre eux. J'ai vu des hommes plein d'espoir, traverser les océans, sur des embarcations de fortune, et sombrer dans mes bras, sans même avoir atteint l'autre rive et leurs rêves. J'ai vu les autres hommes les empêcher. J'ai vu les pirates. Les guerriers. Les fous armés. Les guerres inutiles et les commerces vains. J'ai vu des rêveurs s'enfermer dans des coquilles de noix, pendant des jours, se fiant aux étoiles et murmurant entre les nuages. J'ai vu les fils se poser sur mes cous, mes poignets et mes hanches, me parcourant, me recouvrant de cuivre, de câbles et de connexions, autant de broderies sous ma robe pour relier les hommes entre eux, et j'ai frémi, et j'ai ri d'être ainsi effleurée. J'ai vu les hommes de plus en plus curieux, forer ma peau sous le derme et l'épiderme, chatouillant à nouveau, pour extraire des peaux mortes, qu'ils appellent carottes.
Déluge
Enfants, fermez les yeux, le ciel et moi, nous allons nous aimer pendant 40 jours et 40 nuits !
Fermez les yeux sur le plaisir que nous répandrons. Fermez les yeux sur les paysages que nous bousculerons, une falaise par-ci, une rivière par-là…
Il est tant pour nous de nous retrouver votre père et moi. Nous avons besoin d’être un peu seuls. Comment cela vous êtes aussi sous le même toit ? Les étoiles se réjouissent de nous voir nous aimer, elles ont déjà sortie leur jumelles et forment des voix lactées.
Animé par des désirs chthoniens, plusieurs cœurs battants en plusieurs endroits…
Ton visage, ton corps, comme une cartographie que mes mains vagues effleurent bruyamment, mes doigts lèchent chaque recoins, avalent tes plaines et tes collines, se brisent aux pieds de tes montagnes… Ciel, je te cherche en négatif, dans les draps froissés de la Terre, dans mes profondeurs humides.
Je suis le topographe qui passe et repasse inlassablement. Vague après vague, marée après marée, je reviens sur mes pas, avais-je encore un doute ? Soudain j’ai oublié, il faut que je revienne, et ce coquillage, était-il là tout à l’heure ? Et ce rocher ? Je me prends les pieds dans les dentelles de ma robe, et renonce à revenir… J’avance encore un peu, téméraire, de jour comme de nuit, sous le soleil ou sur son reflet de lune… Je suis éblouie si tes nuages ne me protège pas, et me cogne immanquablement contre les falaises calcaire. Soudain je prends la pose et admire l’érosion que je laisse : je suis sculptrice, facétieuse, j’essaye ici puis là, je perce ou j’estompe… articulant les végétaux, les minéraux comme une dentelle qui se perd sous mes jupes d’écume.
Petit à petit, j’étends mon empire au dessous de toi.
Été
Été. Ce matin-là, tout est calme, et je luis. Le soleil s'est levé doucement, après seulement quelques heures d'obscurité. Il étincelle au-dessus de nous. Il a couvert ma robe de doux reflets de camaïeux rouges et roses, d'or et d'albâtre. Il a étendu ses bras au-dessus de mon corps allongé qui respire et s'étire progressivement. Chaque jour c'est d'aller un peu plus loin, de toucher le bout de cette falaise, de lécher la pointe de ces dunes, de ses miles, de me confondre dans ses marées, et quand je suis trop essoufflée, après cette lente et longue course, je reviens sur mes pas. J'ai déplacé dans ma course, tous mes enfants mes amis, ces petites parts de moi, organismes et micro-organismes. Je suis des milliers de villes grouillantes, je suis une mégapole, je suis traversée de continents, qu'avec mon amant le ciel, j'ai lentement séparé. Tel un couple d'artistes, nous avons patiemment modelé le monde à notre convenance. Nous aimons à regarder les choses à devenir. Nous aimons nous émerveiller de ce qui se refait chaque jour à l'identique, immuable, sans surprise, à peine variable. Et puis parfois un grain de sable, un engrenage, frôle mes doigts, dans mes bras de sable. Parfois, un grain de poussière, traverse les airs de mon amant le ciel, et le fait éternuer. Il est très sensible, le ciel. Et il éternue si fort qu'il me fait trembler et danser. Je me mets alors à tourner sur moi-même, et à renverser tout ce qui est autour de moi. Le ciel et moi dansons parfois au rythme des éclairs, battant la cadence par des pluies d'orage. Et quand nous sommes bien fatigués d'avoir tant dansés, nous nous endormons, l'un contre l'autre enlacé. Et si nous ne dormons pas encore, nous contemplons le soleil, projeté sur nous, ces reflets de feu. Enfin la nuit est là, et tout un monde peut se délecter.
Récifs, dunes, rivages, tes écueils ne me blèsent pas, je suis souple et glisse sur tes hanches.
Encore plus haut, encore plus fort, rien ne me résiste, surtout pas toi, même quand tu grondes, même quand tu tonnes, même quand tu es à fleur d’eau, que je t’irrites… puis que je t’effleure comme un jardin, un jardin d’écueils.
Je m’étire sur tes étendues, en pleine forme sous les jours sans fin du soleil et les instants nocturnes.
Cette curieuse espèce nous regarde, les astrologues, une autre encore, les astronomes, ils construisent en ton nom, des édifices ourlé d’une lunette grossissante.
Automne
Ça fait longtemps que je le vois ce muret, à me rapprocher chaque jour un peu plus de lui, à ramper sur le sable, sur les rochers, sur les cailloux. À traîner ma robe déchirée et claquante à ses pieds. Je suis souvent d'humeur calme. Mais un jour, je me lèverai, je m'élèverai, je me jetterai contre lui et je l'embrasserai. Peut-être que dans mon élan il tombera, peut-être que dans mon élan, à la renverse, il s'effondrera sur les passants et les habitations. Toi le ciel, tout autour de moi, tu me donneras la force d'aller à sa rencontre. Un jour que tu seras gris, orageux et venteux, tu me soulèveras, et nos deux corps unis, se jetteront contre la digue. Avec nous, les oiseaux, les poissons, les mollusques, les méduses, les algues de toutes les couleurs, s'assembleront en une armure rayonnante comme une parure à mon cou, à mes hanches, à mes oreilles, dans mes cheveux les algues, les perles et les coquillages, à mes mains et mes poings, telles des bagues, les anneaux d'amarrage, les péniches égarées et les bouées colorées... Contre mon torse, les épaves, les déchets, les bouteilles en plastique, tous ces milliers de coraux, de plus en plus pâle, de plus en plus malades, ornant les filets des huîtres pâles, de tous ces poissons trop jeunes, et qui ne seront jamais relâchés, enivrés de mercure, jusqu'à la nausée, de plomb, du plastique, de cadavres apatrides, de souvenirs touristiques à l'abandon, de ces amas de paresse, entassés contre mon ventre, que les pierres qui flottent, érodées patiemment par mes milliers de mains, que les bois flottés, et les cordages limés, bleu délavé, ou chanvre érodé, se tissent le long de mes jambes, comme autant de coudières, de jambières, et mon heaume. Je pars en guerre, contre ces silhouettes au loin, cette masse grouillante, qui jadis me caressait de ses bateaux, m'honorait, me craignait, me redoutait, et qui maintenant me prend pour sa latrine.
C'en est assez, stop, je déborde, j'étouffe, je bois des tasses et des tasses de pétrole, de marées noires... Est-ce ainsi que vous voyez ma robe d'écume blanche, souillée par le sang de mes enfants, blessés, torturés, amputés entre vous filets et vos machines de guerre, ma robe, regardez, elle est rouge de sang, elle est noire de pétrole, elle luit au soleil, et celui-ci ferme les yeux pour ne pas voir l'horreur entre les plis de mes broderies. Je suis un mouvement permanent, de toutes les tailles, de toutes les couleurs, je nais, je grandis, je mange, je ruse, je me reproduis, je me regroupe en nuée, où j'attends patiemment, sous le masque d'un galet, éternel carnaval, je danse, sans arrêt, faite de mille arrêtes, de chair, de nerf, d'instinct, d'émotion, je meurs pour mieux renaître en des milliers d'individus.
Avez-vous vu toutes ces colonnes mouvantes, organiques, de mes bancs de poissons ? Avez-vous vu mes méduses, ma faune et ma flore, dans mes profondeurs obscures, où la lumière ne perce pas, et pourtant tout vit ? Avez-vous vu ces milliers d'organismes rejouer le jeu de leurs parents avant eux, avec toutes ces petites variations, qui n'est chaque fois ni tout à fait semblable ni tout à fait pareil.
Alors oui pour ça, je t'implore ciel, fais claquer tes plus beaux orages, tes tempêtes les plus sublimes, Soulève-moi dans tes bras, pour qu'ensemble, nous défassions ces murs qu'ils croient les rendre tout puissant. Vent, toi qui court au-delà, parmi les terres, et qui en voie plus que moi, comme tu dois pleurer, de voir ces êtres souffrir, de voir cette faune périr, et le béton s'étendre comme un tombeau sur notre terre. Comme elle doivent pleurer et gémir, les étoiles, là-haut, qui nous regardent, elles si vieilles, qui ont vu tant de choses, leur larmes traversent tes nuages, se charger de ta colère et s'accouple à la mienne. Elles vont gronder nos colères, et s'abattre, sur la terre de ces fous, qui nous assèchent, qui nous polluent, qui nous asphyxient, qui nous empoisonnent, qui nous écrasent de leur dédain, de leur bêtise, de leur soif de pouvoir, mais qu'est-ce que leur pouvoir s'ils n'ont plus de terre, de ciel et de mer ? Nos larmes d’ambres se mêlent à la fange et au limon.
Ciel, toi qui est en colère, pourquoi m'empêcherais-tu de me jeter contre la falaise, d'employer toutes mes forces, pour progressivement, la ronger, la réduire en mosaïque, et faire tomber, comme des maisons de Monopoly, ces constructions vaniteuses qui nous contemplent. Ciel, des avions te traversent sans répit jour et nuit, ne comprends-tu pas ma colère ? Oui, tu te retiens souvent, derrière ton ciel bleu et ces quelques nuages, tu as froid en été, puis tu as chaud, très chaud, trop chaud, et ce n'est même pas par l'éblouissement de ton reflet facétique sur mes vagues en miroir, ce n'est même pas parce qu'avec mon armure parure je te plais... Je suis ridée par ces épaves, par le poids des années et surtout des déchets. Je respire mal, et toi aussi, nous toussons tous les jours et nous ne sommes même pas encore vieux. Que nous arrive-t-il ? Comment ont-ils pu faire cela en si peu de temps ? Nous qui étions là bien avant eux, nous qui avons vu les dinosaures, le Paléocène, nous qui nous nous sommes aimés dans la glace et dans le feu.
À nos premières amours, nous en avons fait des volcans, quel feu d'artifice, la terre était émaillée de nos enfants les cratères, ces enfants turbulents qui poussaient sur les arbres de nos amours et laissaient nos nuits sans répit. Entre toi et moi, c'était à qui ferait la plus belle création, la plus belle expérimentation, symbiose, osmose, écosystème, et parfois échec, fin de l'espèce, mutation, évolution, fusion. Tu te souviens, quand ils sont sortis de moi, pour ramper sur ta peau ? Ils ont bien changé n'est-ce pas, nos enfants ? Et comme des enfants prodigues, ils ont oublié notre nom, nous ne sommes plus qu'un souvenir, pour eux. Ils courent après le pouvoir. Mais qu'est-ce que c'est le pouvoir ? Sais-tu ce que c'est le pouvoir ? Personne ne peut, il est déjà tellement difficile d'être. C'est peut-être une nouvelle chimère, c'est peut-être la danse de la mort, et ça fait mal, très mal, à toi mon ciel, à nos enfants, aux volcans, aux végétaux, aux animaux, aux autres organismes, et à nos amis les mouettes.... Ça fait mal à la terre. Bien sûr ce n'est pas la fin, mais c'est le moment de montrer notre colère, quand les enfants oublient le nom de leur planète, oublient la crainte et le respect, oublient l'interconnexion et l'organicité... Viens ciel, gonfle toi de colère, rempli des poumons d'ouragans, de tes plus terribles tempêtes, et viens avec moi t’abattre sur leur hubris. Menons ensemble cette danse, qui je l'espère à chaque fois, sera la dernière. Car elle nous fait mal cette colère, elle nous remue de l'intérieur, et nous blesse, infecte nos cellules blessés, nous rongeant comme une tumeur, en alimentant la haine et l'incompréhension. Ton chant déjà, se fait moins clair, tu baritonnes et je contre-ténors, nous composons une hymne à la vie, à la mort, au cosmos.
Les hommes debout nous épis.
Hiver
Hiver. Mon corps mouvant est à l’arrêt. Ma peau est couverte d’une pellicule épaisse sur laquelle glisse les jeunes oiseaux aventureux et les phoques si discrets. En dessous de mes dermes, le sang bat plus lentement mais ne s’arrête pas, au cœur, rien n’y change. La vie suit son court.
Ciel, tu me chauffes délicatement et tu boudes souvent. Tu t’emportes et gémis et fonds en torrent de larmes qui arrivent gelées parce que tu crois que nous ne nous aimons plus… Si je suis de glace, je ne suis pas de marbre quand tu souffles comme cela. Bien sûr qu’ils sont idiots les hommes, à continuer, à déboiser les forêts, à bétonner les villes et les campagnes, à griffer tes nuages de leurs machines, à semer du pétrole partout, à s’emmurer vivant à coté de centrales qui chauffent. Ils n’égaleront pas nos volcans. Eux aussi sont créateurs, mais hélas, tellement destructeurs. C’est ça, l’écart des générations ? Nous parlons écosystème, volcans, forêts et bactéries ; ils parlent pognon, CAC40, guerres, plans quinquennaux, intelligences artificielles et consommation ? Notre monde n’était pas parfait, et il n’était pas l’éternité, mais le leur ? Que font-ils de nous ? Que font-ils de nos autres enfants ? Mais ce sont nos enfants. Et la fin de notre règne. Et du leur avec nous…
Soleil. Tu nous réchauffes de tes timides rayons à travers les nuages. Tu a percés la longue nuit dans un spectre rose magique. Combien d’entre eux se sont levé avec toi pour nous contempler le ciel et moi ? Combien sont sur des bateaux, à chercher de quoi manger pour la semaine, à racler les profondeurs de ma peau qu’ils ont vidé de son collagène ? Combien se sont endormi hier soir en nous regardant, parce qu’ils étaient amoureux, parce qu’ils avaient un toit, et ceux qui n’en ont pas. Et ceux qui n’en on plus… Et ceux qui ont péri et que dans quelque heures, on retrouveras, pareils à des corps sans vie, et à des déchets sans vie, et qu’au lieu de nommer étoiles, on les appellera par des chiffres, des statistiques. 299 morts ont été retrouvé cette nuit après le naufrage d’un navire. Loin, ou près des côtes. Rejeté par tous parce qu’il n’y a pas la place pour leur rêves, leurs cultures, leurs différences. On leur a dit qu’au-delà de la mer c’était facile. Ils ont vu des hommes blanc débarquer sur leur chevaux de chair ou de métal, et ils se sont inclinés, ils ont offert du chocolat, se sont fait prendre leurs terres, surtout ces drôles de cailloux dont on ne fait rien ici… Et on les parquera loin, très loin, et on changera les règles du jeu qu’ils connaissaient depuis longtemps, et on leur dira qu’ils ne valent rien et que tout est de leur faute.
Soleil, vois-tu comme mon époux le ciel est fâché, comme il hurle de douleur et m’emporte dans sa douleur. Nous nous fracassons encore contre les frêles habitations qui tombent comme des châteaux de cartes. Tout se mélange dans une boue divine, digne des origines, mes bras enlacent les voitures, les cabanes, les commerces, les entrepôts, moi aussi je sais détruire comme le plus idiot des hommes. Je forme une glaise compact pour tout recommencer. Vous venez de la mer sur la terre, et vous recommencerez, et vos enfants après vous. Mais ils ne comprennent pas, et recommencent, c’est toujours la même choses Soleil, et c’est pire à chaque fois.
Soleil, vois-tu comme mon époux le ciel est épuisé ? Nous étions plein de rêves, de désirs et de folie et voilà qu’ils nous recouvrent de béton, de cyanures, de pétrole. Un manteau de paillettes funeste et de cuir sombre. Nous ne voulons pas de ce manteau noir.
Bientôt, tu viendras te coucher dans le lit de l’Eridan. Usé par tes cabrioles et par l’Hubris de hommes. Tu emporteras avec toi la boue des hommes, leurs corps sans vie, leurs débris et le bruissement des feuilles des peupliers noirs. Tu plongeras la tête la premières, dans l’occident du monde, traversant les voiles du ciels et l’écumes de mes lèvres. Nous t’embrasserons comme un frère. De notre étreinte jaillira des fleurs de feu et tout recommencera… ailleurs, d’autres mondes éclosent : printemps, été, automne, hiver, printemps, été, automne, hiver, printemps...
Hors saison
A faire repousser ta flore, tu verras ton corps,
plus haute, plus dense.
Petite analyse si vous pensez n'avoir rien compris
Tempêtes est un poème dramatique en quatre saisons où la Mer prend la parole pour raconter son histoire d'amour avec le Ciel. Ensemble, ils façonnent le monde, voient naître les continents, les espèces et les grandes traversées humaines, des mythes d'Ulysse aux migrations contemporaines. Mais les siècles passent et leurs enfants, les hommes, oublient leur origine : ils exploitent les océans, polluent le vivant et érigent le béton à la place des rivages. Face à cette blessure, la Mer appelle les tempêtes non comme une vengeance, mais comme un sursaut contre l'oubli. Dans le cycle éternel des saisons, destruction et renaissance se confondent, laissant entrevoir la possibilité d'un monde réconcilié avec le vivant.
Tempêtes est une fresque poétique où les forces naturelles deviennent les véritables protagonistes de l'histoire. En donnant la parole à la Mer, amante du Ciel, la pièce renverse le point de vue habituel : l'humanité n'est plus le centre du récit, mais l'une des nombreuses créations d'un monde vivant, ancien et profondément interdépendant. Le cycle des quatre saisons structure cette épopée comme une respiration cosmique, où naissance, amour, colère, destruction et renaissance se succèdent sans jamais rompre l'équilibre du vivant.
L'écriture mêle constamment le mythe et l'histoire : Ulysse, Médée, les Argonautes, les grandes explorations ou les migrations contemporaines se répondent pour montrer que la mer est la mémoire des civilisations autant que le témoin de leurs violences. La tempête n'y apparaît pas comme une vengeance de la nature, mais comme l'expression d'une douleur face à l'hubris humaine, à l'exploitation des êtres vivants et à l'oubli de notre origine commune.
Dans une langue symboliste, sensuelle et profondément lyrique, Tempêtes compose ainsi une ode au vivant où l'amour entre le Ciel et la Mer devient la métaphore d'une écologie de l'interconnexion : tout naît de la relation, tout se transforme, et chaque fin porte déjà en elle la promesse d'un nouveau printemps.